Faire de l’écrit un outil socio-éducatif

Dernière mise à jour : il y a 4 jours
De la mise en mots à la création de livres
Concevoir des livres est mon métier, et j’y accorde une grande importance. Mais, au-delà de l’objet éditorial, c’est aussi le chemin permettant de le faire naître qui m’intéresse. J’aime ainsi imaginer des projets dans lesquels le livre devient l’aboutissement d’une expérience collective, d’une rencontre ou d’un cheminement personnel.
C’est pourquoi, depuis 2024, je m’investis dans des projets socio-éducatifs, où la création éditoriale devient un moyen d’expression, de transmission et de lien social.
Quand le livre crée du lien entre les générations

Livre conçu et maquetté par Coline Rouge – couverture réalisée par Anne-Cécile Fraud
Correction sur épreuves : Isild Darras
56 pages – 22 x 28 cm, à l’italienne – parution : juin 2025
Contenu réalisé par des collégiens et des résidents d'EHPAD


En 2023, je fais la connaissance de Jihane Eddo Botreau-Roussel, professeure de français, qui me demande de venir parler de mon métier à ses élèves de quatrième. Préoccupée par la place trop importante prise par les écrans, elle cherche à leur donner le goût de l’écriture. Elle imagine alors un projet avec des aînés, favorisant le lien intergénérationnel tout en offrant aux personnes âgées un espace de transmission et de partage. Un an d’ateliers, de rencontres et d’actions menées ensemble sera nécessaire pour faire émerger le livre.
« J'ai pensé ce projet comme une véritable dynamique d'échanges réciproques, au rythme du don de soi et de l'acceptation de l'autre, insufflant à mes élèves l'approche ouverte et bienveillante envers nos anciens. »
Jihane Eddo Botreau-Roussel, professeure de français au collège Joseph Pitat
« Ce livre est bien plus qu'un recueil. C'est la preuve que l'échange entre générations est non seulement possible, mais essentiel. Il nous rappelle que la vieillesse n'est pas un repli, mais un temps de partage et de richesse humaine. »
Médéric de la Reberdière, directeur des établissements Les Flamboyants et Le Sacré-Cœur
Un livre pour libérer la parole

Livre conçu et maquetté par Coline Rouge – photographies réalisées par Sandrine Gueymard
34 pages – 22 x 28 cm, à l’italienne – parution : décembre 2025
Contenu réalisé par les jeunes du RSMA en situation d'illettrisme


À l’automne 2025, dans le cadre d’un appel à projets autour de l’art et de la culture, j’interviens avec la journaliste Cécile Rémusat auprès de jeunes en situation d’illettrisme au RSMA, un dispositif de formation et d’accompagnement. Ensemble, nous choisissons le Gwoka, musique emblématique de la Guadeloupe, comme fil conducteur pour les inviter à explorer leurs émotions. Au fil des ateliers, la parole se libère. Les jeunes se confient, évoquent des parcours de vie parfois difficiles et, pour certains, passent peu à peu de l’oral à l’écrit. En seulement quatre mois, ces échanges donnent naissance à un livre réunissant leurs textes inédits.
« L'Agence nationale de lutte contre l'illettrisme (ANLCI) est heureuse d'avoir accompagné en Guadeloupe, avec l'appui de la Direction régionale du ministère de la Culture, l'incubation d'une quinzaine de professionnels de la formation et de l'action culturelle afin qu'ils travaillent ensemble à concevoir de nouvelles ingénieries pédagogiques plus adaptées aux besoins des personnes en situation d'illettrisme. Le projet "Raconter le KA au RSMA", né de cette démarche, démontre qu'il est possible de réapprendre autrement, en s'appuyant sur la créativité, l'expression artistique et la richesse du patrimoine culturel local. »
Jessica Oublié, correspondante régionale en Guadeloupe de l'ANLCI
« Au RSMA de la Guadeloupe, près de 30 % des jeunes accueillis sont en situation d'illettrisme. Ce chiffre, loin d'être une fatalité, nous rappelle à quel point il est essentiel d'innover pour redonner goût à l'apprentissage. "Raconter le KA" en est la preuve vivante : en mêlant culture, rythme et oralité, le dispositif a permis à ces jeunes de reprendre confiance en eux, de libérer leur parole et de renouer avec leur identité. »
Colonel Laurent Nobel, chef de corps du régiment du service militaire adapté (RSMA) de la Guadeloupe
Des mots pour se reconstruire


En mars 2026, à l’occasion de la Journée internationale des droits des femmes, j’organise mon premier atelier d’écriture* en collaboration avec le collectif #NousToutes. L’idée d’accompagner des femmes victimes de violences s’impose naturellement à moi. Les ateliers que je mets en place sont pensés comme des espaces d’expression et de reconstruction personnelle. C’est le début d’une nouvelle aventure professionnelle, dans laquelle je souhaite mettre l’écriture au service des femmes, en leur offrant un espace pour se dire, se reconstruire et se réapproprier leur histoire. Cette aventure fera peut-être éclore un projet de livre au fil du temps.
* J’ai été formée à l'animation d'ateliers d'écriture créative par Anaëlle Durfort et Malika Bellony, en septembre 2025.
« Partager un écrit a pris une dimension plus altruiste que je ne l'imaginais, écouter les autres et transmettre nos réflexions a un réel effet bénéfique. »
Hélène, copilote du collectif #NousToutes en Guadeloupe
Ces expériences sont devenues un véritable prolongement de mon métier d’éditrice et dessinent aujourd’hui un nouveau pan de mon activité, fondé sur l’accompagnement, l’écoute et la mise en mots de parcours de vie. À l’heure où l’automatisation transforme une partie des métiers de l’écrit, j’ai la conviction que ce rôle de passeuse, au plus près des personnes et de leurs histoires, devient plus essentiel que jamais.




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